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L'inventeur de villes - feuilleton, 3/40, New York
L'inventeur de villes, publié chez Gaussen en 2013, est toujours disponible chez les "bons libraires" et directement chez l'éditeur David Gaussen, auprès de qui on peut se le procurer, soit en passant dans sa boutique au 37, rue du Côteau, Marseille 7e, soit en l'appelant au 06 99 56 47 97, soit en lui adressant un mail à david.gaussen@gmail.com ou en allant sur le site des éditions Gaussen www.editionsgaussen.fr. Vous pouvez aussi bien sûr via le formulaire de contact de ce blog m'en commander un exemplaire.
Aux dernières nouvelles, le bouquin coûtait toujours 12 euros et comptait 112 pages sur un très beau papier bouffant au format 140 x205 mm. A la jaquette très réussie, illustrée d'une oeuvre du peintre Yves Krief, je me suis permis d'adjoindre pour cette parution en feuilleton des jaquettes de mon cru qui changeront à chaque "épisode".

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03 - NEW YORK

L’histoire urbaine de l’humanité a connu quelques moments définitifs, quelques villes symboliques, mythiques et souvent bien réelles qui sont autant d’étapes dans le cheminement des sociétés. Memphis, Babylone, Jerusalem, Athènes, Rome, Alexandrie, Constantinople, Venise, Londres ont marqué les siècles de leur grandeur ou de leur puissance. Luoyang, Osaka, Kyoto, Nara, Sukhothai, Agra, Varanasi, Mysore, Ispahan, Tikal, Chichen-Itza, Tiahuanaco, Cuzco et bien d’autres ouvrent les portes de l’imaginaire occidental vers d’autres civilisations qui ont bâti non seulement des empires, mais aussi les capitales immenses qui les ont dirigés. Beaucoup – Troie, Thèbes, Saba, Païtiti, Ur, Palmyre… - ont sombré dans les limbes ou restent des mythes incertains, certaines (Rome, Athènes, Alexandrie, Pekin, Tenochtitlan-Mexico…) ont vaillamment résisté à l’usure du temps et sont restées aujourd’hui des villes phare, parfois même des capitales parmi les plus puissantes de la planète. Mais il en est une qui domine depuis plusieurs décennies les autres villes de notre Terre. Une ville presque neuve, au regard de l’Histoire, mais une ville qui est devenue en moins de trois siècles la mère de toutes les autres, la matrice urbaine mondiale, le modèle dominant, et si l’on peut dire le chaînon manquant entre l’humanité d’hier et celle de demain, entre les livres d’histoire et les films de science-fiction. Pour le « Globalization and World Cities Study Group and Network » (GaWC), issu de la théorie de la géographe Saskia Sassen sur les villes-monde explicitée en 1991 dans son ouvrage The Global City (Princeton University Press), deux villes, classées "alpha++" (en 2012), possèdent de manière irréfutable un statut planétaire et « dominent » ainsi les autres : Londres, et, au sommet de cette hiérarchie urbaine, New York… New York est l’alpha et l’oméga, New York « contient » toutes les autres villes ; que vous soyez italien, ukrainien, irlandais, chinois, nigerian, New York est un autre chez-vous où vous vous sentirez comme à la maison ; que vous veniez de Delhi, de Londres, de Naples, Marseille, Dakar, Kiev ou Cuernavaca, New York vous accueille en grande sœur et vous rappelle « le pays », quel que soit celui d’où vous venez. Rien ne vous y surprendra vraiment, même si chaque coin de rue est une surprise, tout à New York vous dira « reste là, on est pas bien tous les deux ? », comme si New York était une personne, une compagne ou un compagnon un rien envahissant (car quand on connaît New York il est difficile d’y échapper), un miroir dans lequel on découvre un autre soi-même, soudainement plus ouvert aux possibilités du monde. Pour en arriver là, New York a franchi aussi toutes les étapes qui en font non pas une ville-monde, mais une ville-monstre, une « créature » urbaine à l’image de la créature de Frankenstein, qui n’est plus tout à fait une ville, même si elle en conserve encore l’âme, mais un objet modelé par un système devenu fou. Car, si de toute éternité, la puissance et la gloire des villes ont reposé sur leur capacité à être le centre organisant et commandant un territoire géographique bien précis, il n’en va plus ainsi depuis la mondialisation débutée dans les années 1980. Les « villes globales », dont New York est l’exemple le plus abouti et le plus gigantesque, ne sont plus reliées directement à leur territoire (d’ailleurs New York n’est ni la capitale des USA ni même celle de l’état de New York), elles appartiennent à un réseau urbain qui se définit à l’échelle de la planète entière comme l’épine dorsale de l’économie mondiale. Ces villes (New York et Londres, mais aussi Paris, Hong-Kong, Singapour, Shangai, Tokyo, Sydney, Dubaï, pour quelques-unes des plus haut placées dans la hiérarchie, au niveau "alpha+") n’ont pas besoin d’arrière-pays, elles fonctionnent dans une osmose financière, politique et technologique qui les soude au sein d’un réseau puissant qui domine aujourd’hui le monde occidental et sans doute la planète entière. Site des plus grandes bourses d’échange, siège des plus grandes sociétés nationales et multinationales, postes de commande des flux de capitaux, laboratoires de l’innovation technologique et de la recherche architecturale et urbaine, ces villes sont devenues des entités nouvelles, différentes des mégapoles définies par les géographes dans les décennies précédentes.
Ainsi se pense New York, ce monstre urbain du 21ème siècle, centre de décision total, global et omnipotent, que rien ne pouvait plus asseoir comme tel que les attentats survenus le 11 septembre 2001. Loin de perturber la cité, ceux-ci, à l’instar de Godzilla dans le film éponyme de Roland Emmerich réalisé en 1998, l’ont au contraire désignée comme la seule et unique véritable capitale de la planète.
Amen.

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Prochaine étape : Genève.
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