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L'inventeur de villes - feuilleton, 20/40, Batavia
L'inventeur de villes, publié chez Gaussen en 2013, est toujours disponible chez les "bons libraires" et directement chez l'éditeur David Gaussen, auprès de qui on peut se le procurer, soit en passant dans sa boutique au 37, rue du Côteau, Marseille 7e, soit en l'appelant au 06 99 56 47 97, soit en lui adressant un mail à david.gaussen@gmail.com ou en allant sur le site des éditions Gaussen www.editionsgaussen.fr.
Vous pouvez aussi bien sûr via le formulaire de contact de ce blog m'en commander un exemplaire.
Aux dernières nouvelles, le bouquin coûtait toujours 12 euros et comptait 112 pages sur un très beau papier bouffant au format 140 x205 mm. A la jaquette très réussie, illustrée d'une oeuvre du peintre Yves Krief, je me suis permis d'adjoindre pour cette parution en feuilleton des jaquettes "personnalisées" qui changeront à chaque épisode.

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20 - BATAVIA

Comme la salade. Non, je plaisante. Batavia, comme Batavia, la ville qu’investirent les Hollandais lorsqu’ils mirent le pied aux Indes Orientales, au 17ème siècle. Depuis plusieurs dizaines d’années, le site est déjà occupé, sous le nom de Kalapa, par des populations hindouistes. Au début du 16ème siècle, les Portugais sont les maîtres de la cité, jusqu’à ce qu’un prince du sultanat de Banten attaque la garnison portugaise et fonde sur les ruines du fort la ville de Jayakarta (la victoire, en sanskrit). C’est presque un siècle plus tard, en 1619, que les Hollandais s’emparent par les armes de la place de Jayakarta. Sur ces ruines fumantes, le directeur de la Compagnie générale des Indes Néerlandaises, Jan Pieterszoon Coen, bâtira Batavia, en l’honneur de la tribu germanique des Bataves, ancêtres des Hollandais. Il faudra attendre les indépendances, au 20ème siècle, pour que Batavia redevienne Jakarta, capitale de l’Indonésie. Une ville immense, héritière d’une histoire locale multiple, de conflits religieux ancestraux entre chrétienté, islam et hindouisme, et d’une colonisation multiséculaire portugaise et néerlandaise. Un capharnaüm urbain d’une dizaine de millions d’habitants, autrement dit une des villes les plus peuplées de la planète. Mais retournons à Batavia aux siècles coloniaux, juste le temps d’une remarque politiquement non-correcte : Batavia, comme quantité de villes à travers le monde, doit une partie de son charme et de sa beauté, à ce que l’on appelle « l’architecture coloniale ». Aux traces physiques que les Européens ont laissé sur les territoires qu’ils ont un temps conquis. Les peuples qui vivent aujourd’hui libres et indépendants dans leurs pays n’ont certes que faire de la mémoire de ces époques passées, et les villes ont changé de nom : Batavia est (re)devenue Jakarta, Fort-Lamy s’est muée en N’Djamena, Saïgon en Ho Chi Minh Ville et Tananarive s’orthographie désormais Antananarivo. Pourtant, la plupart du temps, les nouveaux responsables politiques n’ont pas rasé ces anciens palais de gouverneurs, ces anciennes maisons de maîtres, ces sièges de compagnies commerciales, qui firent leur malheur. De Ziguinchor à Kuala Lumpur, de Salta, en Argentine, à Santiago de Cuba, d’Abidjan à Hué, de Merida à Arequipa, de Lima à Saint-Louis du Sénégal, les bâtiments qui ont marqué l’histoire sont encore debout - pas toujours, il est vrai - et nous donnent la mesure d’un talent architectural particulier, celui qui a été développé dans les « colonies » mais que les Européens métropolitains ne connaissent pas. Rondeurs et volutes y rendent grâce à un Eldorado oublié, à un art de vivre qui, s’il était l’expression d’une richesse éhontée construite sur le dos de peuples tenus en esclavage, n’en a pas moins laissé dans le bâti des témoignages d’une grande beauté.

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Prochaine étape : Puebla.
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