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L'inventeur de villes - feuilleton, 12/40, Mostar
L'inventeur de villes, publié chez Gaussen en 2013, est toujours disponible chez les "bons libraires" et directement chez l'éditeur David Gaussen, auprès de qui on peut se le procurer, soit en passant dans sa boutique au 37, rue du Côteau, Marseille 7e, soit en l'appelant au 06 99 56 47 97, soit en lui adressant un mail à david.gaussen@gmail.com ou en allant sur le site des éditions Gaussen www.editionsgaussen.fr.
Vous pouvez aussi bien sûr via le formulaire de contact de ce blog m'en commander un exemplaire.
Aux dernières nouvelles, le bouquin coûtait toujours 12 euros et comptait 112 pages sur un très beau papier bouffant au format 140 x205 mm. A la jaquette très réussie, illustrée d'une oeuvre du peintre Yves Krief, je me suis permis d'adjoindre pour cette parution en feuilleton des jaquettes "personnalisées" qui changeront à chaque épisode.


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12 - MOSTAR

Un pont détruit durant une guerre fratricide. Voilà le souvenir que laissera Mostar à ma génération. Cette ville de Bosnie-Herzégovine, dans la vallée de la Neretva, a connu l’enfer de la guerre civile yougoslave dans les années 1990. La destruction en 1993 de son pont du 16ème siècle, dont la construction avait été ordonnée par Soliman le Magnifique, fut un des symboles les plus marquants de cette guerre, tout comme sa reconstruction en 2004 fut un des symboles de la renaissance balkanique. Pour ma part, le pont de Mostar est aussi et davantage, aussi puéril cela puisse-t-il paraître, un souvenir d’enfance. Un souvenir d’enfant sage déjà amateur de géographie, aspirant goulûment la part de rêve et de voyages qu’induit cette discipline. Tout comme les ruines de Palmyre. Le pont de Mostar était une de mes photos favorites dans une encyclopédie qui n’existe plus, intitulée je me demande encore pourquoi « Le Million ». Semaine après semaine, je suis allé patiemment au kiosque à journaux de mes 10-12 ans, acheter le fascicule hebdomadaire qui me faisait découvrir des pays lointains. Aux pages sur la Yougoslavie - pas encore éclatée en Croatie, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Macédoine, Monténégro et Kosovo - l’image du pont de Mostar était d’une exemplaire beauté, elle irradiait d’une douceur de vivre pénétrante, elle ravissait l’âme tout autant que la rétine. Je savais bien à l’époque, en bon élève appliqué, que la « poudrière des Balkans » avait enfanté la Première Guerre mondiale, et qu’à ce titre Mostar n’était pas cette perle de douceur que me donnait à voir « Le Million », mais je n’aurais jamais cru pourtant que les hommes puissent sciemment détruite un tel objet et abîmer une telle ville. Cette naïveté a été mise à mal à nouveau par la destruction de Palmyre et de quelques autres sites merveilleux de l'ancien Croissant fertile, vingt ans plus tard. Cette naïveté pourtant est encore mon aiguillon, le moteur de ma volonté d’avancer. Sans doute aujourd’hui s’agit-il d’une fausse naïveté, sans doute m’arrive-t-il de croire qu’aucun acte atroce n’est impossible à réaliser par l’espèce humaine. Mais aucune merveille ne lui est non plus interdite. C’est curieusement la philosophie que m’enseigne le pont de Mostar. Que l'on a su in fine reconstruire, comme l'on fait parfois des excuses.

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Prochaine étape : Akademgorodok.
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